Étions-nous trop pauvre pour voyager en avion ?

Étions-nous trop pauvre pour voyager en avion ? Irresponsables ?

Étions-nous trop pauvre pour voyager en avion ?

«Dans tous les bars, on a pris des piñas coladas et des mojitos!»: Nesmi Orslom a savouré jusqu’au bout ses vacances à Cuba. Masque sur le visage, il n’a désormais qu’une hâte, quitter l’île qui place à l’isolement tous les touristes à partir de mardi à cause du coronavirus.

Arrivé le 10 mars pour sa lune de miel, qu’il avait passé «huit à dix mois» à préparer, ce Néerlandais de 34 ans n’a «absolument» pas envisagé l’annulation au moment de faire ses valises.

«Quand on est partis, la situation était très différente par rapport à maintenant», tant aux Pays-Bas, alors sans confinement, qu’à Cuba, où les premiers cas ont été détectés le 11.

Le voilà maintenant à faire la queue devant les bureaux d’Air France, à l’aéroport de La Havane, dans l’espoir d’avoir un vol.

L’île, qui compte 40 cas confirmés (tous «importés», insiste le gouvernement), ferme mardi ses frontières aux touristes, pour un mois, et place à l’isolement, dans leurs hôtels, ceux qui restent.

«Si on peut rentrer aujourd’hui à la maison, ce sera un soulagement», confie Nesmi.

Le vol quotidien d’Air France sera suspendu dès mercredi. L’ambassade négocie des liaisons spéciales ensuite.

Ceux d’Air Caraïbes (France) et Copa (Panama) ont arrêté la semaine dernière. Les Espagnoles Iberia et Air Europa ont réduit leurs fréquences.

Ces dernières semaines, pendant que les pays d’Amérique latine se barricadaient peu à peu, Cuba a continué son opération séduction auprès des touristes –deuxième source de devises du pays, 3,3 milliards de dollars en 2018–, gardant ses frontières grandes ouvertes et assurant être une destination «sûre».

À l’aéroport de La Havane, sous les publicités vantant les plages de rêve de Varadero, les promenades en vieilles décapotables américaines ou le charme de la musique cubaine, errent désormais des voyageurs angoissés, en quête d’un vol pour rentrer chez eux.

«Mieux vaut être confinés chez soi qu’ailleurs!», lance Régine Paumier, 57 ans, arrivée de Nantes (France) le 16 avec son mari, mais sans leur couple d’amis qui «ont annulé au dernier moment». «On ne parle pas espagnol, l’anglais un peu… c’est un peu galère».

Lors de l’annonce vendredi par le président Miguel Diaz-Canel que l’île fermerait ses portes aux non-résidents 72 heures plus tard, 60 000 touristes se trouvaient sur place, dont 5000 Français et 10 000 Canadiens.

Des sources diplomatiques signalaient lundi encore la présence de près de 3000 Français, 1500 Espagnols et plusieurs milliers de Canadiens. Au total 32 500 touristes selon le gouvernement.

Assise par terre près de sa valise, Alice Careil, 26 ans, tente de garder le sourire: «Je suis un peu bronzée, donc oui on en a bien profité… après c’est vrai qu’on était un petit peu tendus sur les derniers jours».

Venue en couple, elle est arrivée le 14 et prévoyait de rester jusqu’à mercredi. Mais «on nous a dit de revenir rapidement en France», après les annonces cubaines. Sauf que leur vol Air Caraïbes était déjà annulé.

Depuis, elle prend son mal en patience: «On doit s’inscrire sur une liste pour bénéficier de places sur (les vols) Air France, il y en a très peu et pour l’instant la liste compte 400» noms. Dimanche, elle a patienté de 9h à 20h à l’aéroport, lundi elle est revenue dès 9h30.

Certes, les touristes ont le droit de rester sur l’île après mardi.

Mais «ça évolue très vite», s’inquiète Alice. «Il y a certains pays, vraiment pas loin en Amérique du Sud, qui ferment complètement leurs frontières, donc si ça évolue d’ici deux jours, nous on est bloqués. On ne restera pas un mois ici, même si c’est très joli!»

Et encore faudrait-il trouver où se loger: nombre de «casas» –ces chambres chez l’habitant prisées des étrangers– refusent maintenant les touristes, les obligeant à aller dans les hôtels d’État, souvent trois à quatre fois plus chers.

Mara Marinich, Slovène de 62 ans, devait rentrer chez elle mardi. «J’avais un billet de retour de la compagnie Alitalia La Havane-Rome-Trieste, mais tous mes vols ont été annulés».

Dans sa casa, on lui a dit que «tous les touristes doivent quitter le pays». «Je n’ai pas d’argent pour acheter un autre billet, je n’ai pas d’argent pour payer l’hôtel», se désole-t-elle.

Étions-nous trop pauvre pour voyager en avion ?