Un quatrième jour sans décès à Cuba

Un quatrième jour sans décès à Cuba

Un quatrième jour sans décès à Cuba

Le port du masque est obligatoire à Cuba

Une dizaine de personnes sont sur un trottoir de la capitale cubaine.

Des Cubains font la file pour acheter de la nourriture à La Havane.

PHOTO : AFP / YAMIL LAGE

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Nancy CaouettePublié le 14 mai 2020

À Cuba, la propagation du coronavirus semble bien maîtrisée, notamment grâce au déploiement massif de milliers de professionnels de la santé. Mais la pandémie nuit quand même à la vie des 11 millions habitants de l’île, déjà habitués aux pénuries et maintenant privés d’importants revenus, notamment touristiques.

Le visage masqué, un cahier de notes à la main, trois futurs médecins marchent d’un pas décidé sur un chemin de terre à San José de las Lajas, une municipalité rurale située à une trentaine de kilomètres de La Havane.

Ils font partie d’une brigade constituée de quelque 28 000 étudiants en médecine qui va de porte en porte partout au pays à la recherche de cas de COVID-19 qui s’ignorent.

Nous prodiguons le seul et unique vaccin qui existe pour le moment, c’est-à-dire de diagnostiquer les symptômes tôt et de demander aux gens qui présentent le moindre symptôme de s’isoler à la maison, explique l’une des membres de la brigade, Leyanis Landabura.

Cette mesure a été rapidement mise en place par le gouvernement cubain après l’apparition du premier cas de COVID-19 le 11 mars.

Depuis, le port du masque est devenu obligatoire, le transport public interdit et l’espace aérien fermé, tout comme les écoles, les bars, les restaurants et la majorité des lieux où la distanciation physique est impossible.

La stratégie du gouvernement cubain semble porter ses fruits. Le bilan des cas de mercredi faisait état de 79 décès et 1810 cas de COVID-19, soit une augmentation de seulement 6 nouveaux cas en 24 heures.

La faim justifie les moyens

La distanciation physique a toutefois ses limites dans ce pays en proie à d’importantes pénuries d’aliments qui importe plus de 60 % des aliments qu’il consomme.

Les aliments s’envolent vite et les prix sont très élevés, raconte Maximo*, un serveur dans un grand hôtel de Varadero qui se lève à 4 h tous les jours dans l’espoir d’acheter un peu de riz, de l’huile et du poulet.

Au chômage depuis deux mois et sans aide financière de son employeur, ni de l’État cubain, il ne cache aucunement son désarroi.

J’ai dû vendre la bicyclette de mon fils, une chaîne et un anneau pour pouvoir survivre. Et de ça, il ne me reste que 100 $. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir avec ça, lance-t-il.

Une femme portant un masque marche devant une murale à La Havane.
Le port du masque est obligatoire à Cuba.

PHOTO : AFP / YAMIL LAGE

À 150 kilomètres de Varadero, La Havane tourne aussi au ralenti. Les cuentapropistas – les travailleurs indépendants du secteur privé qui se sont multipliés au cours de la dernière décennie – sont également préoccupés.

Ces petits entrepreneurs, qui louent des chambres, des voitures ou qui sont propriétaires de restaurants, comptent environ pour le tiers des travailleurs cubains.

Ils offrent des biens et des services généralement trop chers pour le commun des Cubains.

Si les touristes ne reviennent pas, nous allons devoir nous concentrer plus sur les clients cubains. Nous devrons probablement restructurer notre entreprise. C’est ça l’idée, pour l’instant, explique le propriétaire d’El Café, Nelson Rodriguez.

En date du 16 mai 2020 1495 personnes rétablis sur 1872 cas confirmés et 79 décès

L’ombre d’une crise économique

Le tourisme représente la troisième source de devises de l’île derrière la vente de services professionnels à l’étranger – de médecins, principalement – et les transferts de fonds en provenance de la diaspora cubaine.

Le coronavirus vient remuer le couteau dans la plaie de cette industrie déjà en perte de vitesse, note l’économiste Emilio Morales.

Les chiffres de l’industrie sont à la baisse depuis trois ans, en raison de plusieurs facteurs, dont la concurrence sur le marché international et le manque d’investissement de l’État dans ses hôtels, dit-il

L’économiste Carmelo Mesa-Lago ajoute que les sanctions économiques américaines imposées par le président Donald Trump font aussi beaucoup de ravages.

Les croisières ont été interrompues. Or, la moitié des touristes américains allaient à Cuba par bateau. Donald Trump a aussi interdit tous les vols à destination de Cuba, sauf ceux vers La Havane qui, eux, ont été réduits.Carmelo Mesa-Lago, économiste

L’expert qui analyse l’économie cubaine depuis plus de 60 ans ajoute que la COVID-19 met aussi à mal la deuxième source de devise de l’île : les remesas, l’argent envoyé par la diaspora cubaine aux proches restés sur l’île.

En 2019, l’île a reçu plus de 3,7 milliards de dollars américains par l’entremise de ces transferts de fonds, principalement en provenance des États-Unis.

Il y a 33 millions de personnes au chômage aux États-Unis, dont plusieurs Cubano-Américains qui n’ont pas d’assurance-maladie, pas d’économies et qui ne pourront donc plus envoyer d’argent, dit encore l’expert.

Carmelo Mesa-Lago et Emilio Morales, comme de nombreux autres économistes, prévoient une contraction de l’économie cubaine en 2020, une première depuis la grave crise économique des années 1990 qui avait été provoquée par la chute de l’Union soviétique.

Si Cuba veut éviter d’empirer la qualité de vie de ses citoyens, le gouvernement devra, selon Carmelo Mesa-Lago, accroître le secteur privé et procéder à une réforme de l’agriculture pour rendre le pays moins dépendant de l’importation d’aliments.

*Le nom a été changé pour protéger l’anonymat du témoin qui craint des représailles.

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